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La Président du MAK-France répond à un journaliste du Figaro...

jeudi 31 mars 2011, par Tamilla

Et lorsqu’on lit le passage ci-dessous dans la réponse, l’on a envie de réagir... mais bon... Il y a vraiment du pain sur la planche...

"Dois-je vous rappeler qu’il existe de l’autre de la Méditerranée un peuple qui a su depuis des siècles allier l’islam et la démocratie ?"

Plus bas, nous reproduisons l’article d’Alexis Brézet.




Réponse à Monsieur Brézet, directeur de rédaction du Figaro Magazine


J’ai lu avec beaucoup d’attention votre édito du 5 mars dans le "Figaro magazine".

J’ai noté une bonne dose de lucidité dans votre analyse. Je vous rejoins complètement quand vous suggérez "d’agir plus et de parler moins". Il serait temps (voire trop tard) pour l’Europe en général et la France en particulier d’agir.

J’ai été cependant choquée par la dernière phrase de votre article. Je vous cite : "agir, aussi, pour indiquer un chemin à ces peuples qui, de l’autre côté de la Méditerranée, cherchent à tâtons les voies d’un islam enfin compatible avec la démocratie."

Dois-je vous rappeler qu’il existe de l’autre de la Méditerranée un peuple qui a su depuis des siècles allier l’islam et la démocratie ? Savez-vous qu’il existe un peuple qui vit à 1h d’avion de Marseille qui crie haut et fort depuis des décennies ce que vous nous suggérez aujourd’hui ? Ce peuple est le peuple kabyle.

Les évènements d’avril 1980 en Kabylie (le printemps kabyle), l’assassinat du chanteur Matoub Lounes en juin 1998, le massacre de 128 jeunes kabyles par l’armée algérienne en avril 2001 (le printemps noir) pour ne citer que ces tragédies vous prouveront qu’il existe de l’autre côté de la Méditerranée un peuple qui n’a pas besoin que l’Europe lui montre le chemin de la démocratie.

La démocratie est l’essence même des bases sociales de ce peuple pour qui la religion reste une question de la sphère privé et qui ne s’invite pas dans les débats.

Le professeur Joseph Dugas qui a vécu en Kabylie dans les années 1880 l’avait bien compris et l’a écrit dans son livre « la Kabylie et le peuple kabyle » paru en 1877.

Voici ce qu’il disait : « Même chez le kabyle, plus fou d’indépendance que de religion, la fibre nationale a toujours et moins sensible que chez l’arabe aux excitations du fanatisme », il disait aussi « pour le peuple kabyle, le droit divin vient après la souveraineté populaire, et le citoyen avant le croyant ».

Depuis 2001, un mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) et depuis juin 2010, un gouvernement provisoire kabyle (GPK) existent mais personne en Europe et encore moins en France ne prête attention.

Dans les années 90, l’Occident a été sourde aux appels du commandant Massoud qui avertissait du pire. Il a fallu le 11/09/2001 pour le croire.

Aujourd’hui, l’Europe et la France au premier plan récidivent et n’ont point retenu la leçon. Faut-il attendre qu’il soit trop tard pour voir que la Kabylie possède les clefs de la sauvegarde des droits à la liberté et de démocratie de toute la région Méditerranéenne ?

Je ne saurais donc vous recommander à plus de prudence, monsieur Brézet lorsque vous parlez de ces peuples de l’autre côté de la Méditerranée. Le peuple kabyle fort de 10 millions d’âmes est conscient plus que quiconque du danger, car il le subit chaque jour dans l’indifférence totale. Il agit et se bat déjà depuis des décennies et si seulement l’Europe et la France lui tendaient la main aujourd’hui, cela éviterait sans doute qu’un jour l’on dise : « Ah ! si nous avions écouté les Kabyles… »

Amgoud Djamila
Présidente du MAK France




Débat or not débat ?

Vous avez aimé le débat sur l’identité nationale ? Vous adorerez le débat sur la laïcité. Vous l’avez détesté ? Vous le détesterez davantage. Le monde arabe, dans l’allégresse et la fureur, trace un chemin dont nul ne saurait dire s’il débouchera sur l’épiphanie de la liberté ou sur des tyrannies pires encore - et mille fois plus agressives - que celles dont les peuples viennent de secouer le joug. Le monde occidental assiste en direct à un gigantesque ébranlement dont les naufragés de Lampedusa, comme les exilés de Tripoli, font entendre que les conséquences pour l’Europe, et pour la France, pourraient être incalculables. Et nous, que faisons-nous ? Nous disputons gravement du point de savoir s’il est loisible, opportun, autorisé, de parler de l’islam et de la République, des musulmans et de la laïcité !

En avant donc, une fois encore, pour le débat sur le débat ! La gauche, drapée dans ses grands principes, le refuse, indignée. La droite, empêtrée dans ses contradictions, l’assume sans l’assumer tout à fait. On a beau savoir que la passion des mots, des nobles empoignades et des controverses philosophiques est une forme particulière du génie français, difficile de ne pas ressentir comme un sentiment de lassitude face à cette énième représentation d’une comédie dont il serait navrant qu’elle tourne, une fois de plus, à l’affrontement stérile d’un aveuglement et d’une illusion.

Pour la gauche qui, sur ces sujets-là, semble depuis trente ans n’avoir rien appris ni rien compris (et surtout pas pourquoi son électorat populaire l’avait fuie), la cause est entendue : le débat est une diversion organisée par Nicolas Sarkozy pour récupérer l’électorat Front national, qui aboutira à l’inverse de l’effet recherché. Frappée d’interdit moral, la question de la laïcité et de la compatibilité d’une certaine pratique de l’islam avec nos principes républicains ne doit pas être posée. Oublié, déjà, cet inquiétant sondage qui, à la une du Monde, établissait que 42 % des Français (et 40 % des Allemands) considèrent la présence d’une communauté musulmane comme une « menace » pour l’identité de leur pays et attribuent la responsabilité de leur « mal-intégration » aux musulmans eux-mêmes. Oubliés le triomphe des thèses de Thilo Sarrazin en Allemagne et le succès des partis populistes nationalistes et islamophobes dans l’Europe entière - qui ne doivent rien à Nicolas Sarkozy ! La réalité est dérangeante ? Effectivement, elle l’est. Plutôt que de l’affronter, nions la réalité...

Pour la droite - du moins pour la partie de la droite qui ne partage pas les préventions de la gauche -, le débat a trop souvent valeur d’abracadabra : parlons, parlons des sujets qui fâchent, et nos électeurs reviendront de surcroît... Illusion, dont l’issue du grand happening sur l’identité nationale - qui n’a pas, c’est le moins que l’on puisse dire, stoppé la progression de Marine Le Pen - montre bien le danger. S’il est absurde d’espérer soigner le mal en le niant, il est vain de prétendre le guérir en se contentant d’en constater la gravité. Parler mais ne pas faire, miser sur les seules vertus psychanalytiques de la parole pour apaiser les tensions, c’est au contraire prendre le risque de les exaspérer.

Disons-le : si ce nouveau débat devait se résumer à quelques disputes idéologiques, ou, pis - ainsi que l’a imprudemment suggéré le secrétaire d’Etat Benoist Apparu, partisan d’un financement public des mosquées -, à la remise en cause de la loi de 1905, mieux vaudrait ne pas l’engager. En ces temps incertains, la communauté nationale n’a nul besoin de querelles théologiques ni d’un grand chamboulement des règles qui jusqu’ici lui ont permis, vaille que vaille, de préserver sa cohésion. Ce qu’elle attend de ses dirigeants, ce sont des décisions concrètes, législatives ou réglementaires, pour garantir le respect de ces principes républicains non négociables qui ont toujours fait la grammaire de notre vivre ensemble.

De ce point de vue, les sujets ne manquent pas : les prières dans l’espace public ; les prêches en arabe ; la séparation des sexes dans les stades et les piscines ; les refus de soins dans les hôpitaux ; les menus hallal servis dans certains établissements scolaires ; les « mariages religieux » célébrés au mépris des lois civiles... autant de pratiques qui choquent légitimement les Français non musulmans en même temps qu’elles enferment les Français musulmans dans la fatalité de l’exclusion « communautaire ».

Parler moins, agir plus. Agir non pas pour « stigmatiser » une religion ni pour exclure telle catégorie de Français - chacun, chez nous, doit avoir la liberté de pratiquer son culte dans le respect des lois -, mais au contraire pour recréer les conditions de l’unité. Agir, aussi, pour indiquer un chemin à ces peuples qui, de l’autre côté de la Méditerranée, cherchent à tâtons les voies d’un islam enfin compatible avec la démocratie. Agir ? Si telle était sa conclusion, le débat voulu par Nicolas Sarkozy et mis en œuvre par Jean-François Copé aurait bien mérité de la République.


Alexis Brezet
Le Figaro Magazine, 7 mars 2011.

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