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Le Temps d’Algérie entre à Kidal

A Aguelhouk, la cigarette est vendue sous le manteau

Le Temps d’Algérie, le 31 juillet 2012

mercredi 1er août 2012, par Tilelli

Jeudi 26 juillet 2012. Il est 6h30, environ, quand le campement installé dans le désert, entre Tessalit et Aguelhouk, au nord du Mali,commence à s’animer. Ici, dans le désert, une heure de temps de sommeil pourrait être largement suffisante, selon des autochtones.

La délégation du Croissant-Rouge algérien (C-RA), acheminant des aides humanitaires au bénéfice de la population de Kidal et les éléments d’Ançar Eddine qui les escortaient, couraient vers les bouteilles d’eau devenue bouillantes car exposées au soleil. Dans ces profondeurs du désert du nord du mali ou de l’Azawad, on rencontre très souvent des produits algériens comme ces bouteilles d’eau minérale de marque El Goléa. Les visages lavés et rafraîchis, certains ont déjà commencé à allumer des braises pour la préparation du thé et du café.

Le petit-déjeuner sera servi dans très peu de temps. Avec cette chaleur torride, les braises ne se font pas prier pour s’allumer. Quelques-uns des membres de la délégation ont sorti leur paquet de cigarettes. Le café dégageant une senteur si agréable leur donnait envie de « griller une clope », comme dirait un camionneur. « Soyez discrets quand vous fumez, les gens d’Ançar Eddine interdisent la consommation de la cigarette. Il faut respecter leur volonté », dira un des membres de la délégation. Un autre trouva une « solution » :

« Allons fumer à l’intérieur d’un véhicule, peut-être qu’ils ne pourraient pas nous voir en train de fumer. » Courtois et méfiants, les éléments d’Ançar Eddine, qui ne rataient presque aucun mouvement ou geste des membres du convoi humanitaire, avaient tout le temps les armes à leur portée. Il est vrai qu’à tout moment une attaque terroriste pouvait cibler et les humanitaires

du Croissant-Rouge algérien et les éléments d’Ançar Eddine qui les escortaient. A un moment, certains membres de la délégation ont été pris en flagrant délit de fumer. Les membres de l’escorte ne font aucune remarque. Encouragés par cette « tolérance », les fumeurs devenaient de moins en moins gênés et confiants quant à l’éventuelle réaction des hommes armés à la vue de la fumée de cigarette.

« La cigarette, ce n’est pas bon » Le convoi reprend la route. Tout le monde était presque à court d’eau et la faim commençait à se ressentir de plus en plus. « Il ne nous reste pas beaucoup pour arriver à Aguelhouk. On pourra y faire une halte », dira le chef du groupe d’Ançar Eddine chargé de l’escorte du convoi de Tessalit à Kidal. Quelques heures après, on arrive à Aguelhouk. Nous n’avons remarqué aucun poste gardé à l’entrée. Une agglomération où le parpaing revient dans toutes les constructions ou presque.

Des commerces sont ouverts. On y trouve différents produits alimentaires algériens, dont des biscuits, de l’eau minérale, des boissons gazeuses, du jus de fruits dont les marques Rani et Tadje. Ici, sont acceptées le dinar algérien et le franc CFA (monnaie commune de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Cédéao). Le prix d’une bouteille d’eau minérale est de 2000 francs CFA ou 100 DA.

Même prix pour une cannette de jus de fruits de marque Rani. « Avez-vous des cigarettes ? », était notre question au commerçant. Ce dernier est tout à coup gêné. « Non, nous ne vendons pas de cigarettes », nous répond-il. A l’extérieur, un jeune homme se rapproche de nous et nous dira : « J’ai des cigarettes, mais uniquement de marque Légende, si vous voulez ? » « Combien fait le paquet ? »

A notre question, il répond : « 60 DA. » Nous avons demandé deux. Il part et revient quelques minutes plus tard avec deux paquets que nous avons demandés. C’est de sa poche qu’il les fait sortir discrètement. Interdite, la cigarette est vendue discrètement à Aguelhouk, agglomération se trouvant entre Tessalit et Kidal.

Le convoi redémarre et se dirige vers la sortie de Aguelhouk où, cette fois, un poste de contrôle est établi. Les camions et véhicules sont immobilisés. Un jeune élément d’Ançar Eddine qui se trouvait au poste de contrôle s’avança vers l’un des véhicules du convoi et dit, énervé : « La cigarette ce n’est pas bon. » Voulant détendre l’atmosphère, le président du Croissant-Rouge algérien, docteur Benzeguir Hadj Hamou, qui se trouvait à bord du même véhicule que nous lui répond : « Vous avez raison. »

L’école pastorale et la partie de foot Le convoi quitte, cette fois, Aguelhouk. Quelques traces de verdure témoignent de chutes récentes de pluie. Des chèvres et chameaux pouvaient soulager un peu leur faim. La piste devient épuisante. C’est la piste depuis El Khalil. Le convoi humanitaire devait, donc, traverser 400 kilomètres de piste sans aucun mètre de route goudronnée. Preuve que le nord du Mali a été longtemps abandonné. Aucun projet de développement conséquent, des années durant, à même de redonner de l’espoir à la population locale.

« Nous devons diminuer le nombre de haltes ou la durée des pauses pour arriver le plus tôt possible à Kidal », proposent des membres de la délégation. Comme pour lui dire que dans le désert c’est Dame Nature qui décide, un orage éclate. Un début de vent de sable. Il fallait s’abriter. A quelques pas de là, et en plein désert, une école qui semblait désertée. Une aubaine.

« C’est une école de formation de pasteurs », nous dit-on. On y rentre et découvre des livres d’éducation et autres manuels scolaires. La pluie commence à s’abattre. On trouve même un ballon. On commence à jouer au foot sous la pluie tant qu’elle est encore fine.

L’eau nous aide à mieux supporter nos corps rendus désagréables par des quantités astronomiques de sable qui s’y collent et la sueur sans cesse provoquée par la chaleur dégagée par le soleil. Un élément d’Ançar Eddine se joint à nous, sans, toutefois, se séparer de son arme. Son Kalachnikov était accroché sur son dos quand il tapait sur la balle. D’autres éléments d’Ançar Eddine suivaient la scène. Aucun autre n’est venu se joindre à la partie de foot.

Les camions immobilisés par la boue Une demi-heure plus tard, la pluie cesse de tomber. Le convoi décide de démarrer. Il fait encore jour mais la nuit ne va pas tarder à tomber. Les chutes de pluie, le terrain accidenté du désert ont fait naître des flaques d’eau. Des oueds asséchés se sont en partie remplis. Les camions faisant partie du convoi avançaient difficilement. L’un après l’autre, les trois camions sombrent, en partie, dans la boue.

Malgré tous les efforts, ils restent immobilisés. La nuit tombait. Il ne reste que peu de distance pour arriver à Kidal, destination de la mission. Après discussions, il a été décidé que des membres de la mission passent la nuit à bord des trois camions bloqués et que les autres véhicules poursuivent leur chemin jusqu’à Kidal. Des vivres et de l’eau ont été laissés à ceux qu gardent les camions transportant les aides humanitaires.

L’hôpital privé d’électricité Nous arrivons enfin à Kidal. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà. Le centre de santé de référence de Kidal était complètement plongé dans le noir. « C’est trop grave qu’un hôpital soit plongé dans le noir », lance le président du Croissant-Rouge. « Peux-tu faire un tour à cet hôpital tout de suite ? », demande-t-il au docteur Adel Ghebouli, chef de mission. « Il fait noir, on ne peut rien faire sans électricité. Je crois que nous devons attendre demain », répond le chef de mission.

Mounir Abi

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