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Bouteflika, les "émirs" d’Al Qaïda et la cour pénale internationale

Le Matin-Dz, le 20 juillet 2012

samedi 21 juillet 2012, par Tilelli

La cour pénale internationale (CPI) a annoncé l’ouverture d’un examen préliminaire sur la situation au Mali, sur la base de rapports d’ONG et agences de l’ONU dénonçant "un crime de guerre" commis par les groupes terroristes au Nord du Mali. Or, les principaux dirigeants du groupe terroriste Ansar Eddine sont des "émirs" algériens avec, à leur tête, l’homme de confiance de Bouteflika, Iyad ag Ghali, un enfant de Tamanrasset...

Khaled Abou El Abass, alias "Mokhtar Belmokhtar" ou "Laaouar", chef d’Al Gaïda au Maghreb islamique couvre l’Algérie, le Tchad, le Niger, la Mauritanie et le Mali. Ses principaux lieutenants Abelmalek Droukdel et Yahya Abou Al-Hammam alias "Jemal Oukacha" algérien nommé au poste de gouverneur de Tombouctou par le groupe d’Al Qaïda au Maghreb islamique, activant au sein d’ Ansar al-Din seront-ils passibles d’être déférés devant la Cour pénale internationale ( CPI) pour "crimes de guerre" ? Condamnés à mort par contumace en Algérie mais bénéficiant en théorie de la grâce amnistiante du président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika, ces "émirs" de l’ex-"GSPC" ("Groupe salafiste pour la prédication et le combat") rebaptisé par Oussama Ben Laden en février 2007 en "Al Qaïda au Maghreb islamique", sont, à leur tour, les lieutenants de l’homme influent sur les décisions d’Alger, Iyad ag Ghali, le chef spirituel d’Ansar Eddine, un Touareg qui a grandi à Tamanrasset avant de quitter la ville au début des années 1980. Mécanicien de profession, il a tissé à Tamanrasset des liens avec l’ancien aménokal, le chef des Touareg algériens et député FLN et avec l’ancien maire de Tamanrasset de 1997 à 2002. Par la suite, Iyad ag Ghali est devenu consul malien à Djedda et en Arabie saoudite. Il est revenu à plusieurs reprises dans la ville de sa jeunesse, Tamanrasset dont la plus récente date de janvier 2006, accompagné de 150 hommes pour les funérailles de "l’amonékal" de l’époque. Cette année-là, les accords dits "d’Alger" avaient mâté la troisième rébellion touareg contre le pouvoir de Bamako.

Le groupe terroriste Ansar Eddine avec lequel Abdelaziz Bouteflika a engagé un dialogue en vue d’une issue politique « négociée » à la crise malienne est donc essentiellement dirigée par des « émirs » algériens issus du GSPC rallié à Ben Laden, jusqu’à son chef, Iyad ag Ghali qui aurait aidé Alger à l’étouffement de la rébellion touareg suite à ces fameux accords dits "d’Alger" conclus entre Alger et Bamako. Ces principaux agents actifs d’Al Gaïda au Maghreb islamique qui contrôlent tout le Nord du Mali ont ainsi à leur tête ce Touareg de Tamanrasset, Iyad ag Ghali.

Or, Bouteflika se rend à Tamrasset à deux reprises : la première visite, il l’effectue à Tamanrasset-Illizi, en 2009, alors en campagne électorale pour son troisième mandat faite sous le slogan de "l’approfondissement de la concorde nationale" et d’où, d’ailleurs, il avait annoncé son élargissement en "amnistie générale". La seconde date de 2011, une visite éclair après une longue absence de la scène nationale. A l’issue de cette visite, les médias locaux avaient relevé que l’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) avait comploté un attentat à la voiture piégée pour assassiner le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, au cours de cette visite.

Selon le journal local El Khabar, le personnel en charge de la sécurité du président, qui aurait reçu des informations précises sur d’imminentes attaques terroristes, a dû modifier l’itinéraire initial de la visite 48 heures plus tôt. Des sources sécuritaires auraient fait savoir au journal que les terroristes auraient ourdi deux schémas d’attaque visant le convoi du président Bouteflika. La première attaque devait intervenir juste après le départ du convoi de l’aéroport de Tamanrasset, et la deuxième attaque était programmée pour frapper le siège de la wilaya de Tamanrasset. De l’intox dans une région hautement sécurisée, l’une des bases militaires les plus importantes du pays, ville de garnison ? L’attentat terroriste à la voiture piégée qui a ciblé le groupement territorial de la Gendarmerie nationale à Tamanrasset eut lieu moins d’une année après cette visite, le 3 mars 2012.

Ces deux visites à Tamanrasset, l’une inaugurant un troisième mandat, l’autre confortant l’impunité accordée aux groupes terroristes d’Al Qaïda au Maghreb islamique, ne sont donc pas d’utilité publique (de simples inaugurations de canalisations d’eau…) mais bien négociées à des fins stratégiques politiques : contenir la rébellion Touareg afin d’éviter une contagion berbère en Algérie et mobiliser les Touaregs élus locaux et députés du FLN qui connaissent l’actuel chef d’Ansar Eddine, Iyad ag Ghali alors homme politique influent au Mali et déjà acquis aux thèses d’Al Gaïda au Maghreb islamique, ayant des liens étroits avec ces élus locaux du FLN à Tamanrasset qui y ont fait campagne pour la réélection de Bouteflika en 2009. Est-ce un hasard si c’est le même homme, le « touareg islamiste » d’Ansar Eddine qui est reçu par Bouteflika, en tant qu’émissaire de ce groupe terroriste, le mois de juin dernier pour, officiellement, trouver une issue "diplomatique" à la crise malienne ? C’est le parfait homme de dialogue dans la mesure où c’est un enfant de Tamanrasset, un dissident de la cause indépendantiste Touareg qui a servi Alger pour la réprimer et, au bout du compte, un "émissaire digne de foi" d’Al Gaïda au Maghreb islamique. D’ailleurs, lors de la dernière réunion de la CEDAO à Dakar, Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des affaires maghrébines et africaines, insistant sur la voie diplomatique choisie par Alger sur la crise malienne avait dit qu’il serait « une erreur » que de ne pas intégrer dans les discussions avec les « parties en conflit », ce même Iyad ag Ghali. Homme de main de Bouteflika ?

Or, une menace se profile contre Al Gaïda au Maghreb islamique impliquant tout ce « beau monde » : elle ne vient pas encore d’une "intervention militaire" africaine tant souhaitée par la France, mais émane de la Cour Pénale internationale (TPI) qui a annoncé, mercredi dernier, par la voix d’un de ses procureurs, la gambienne Fatou Bensouda, l’ouverture d’un examen préliminaire souhaitée par Bamako sur la situation au Mali "afin d’établir si les critères pour l’ouverture d’une enquête, souhaitée par ce pays, sont remplis." : "J’ai donné à mon bureau instruction de procéder immédiatement à un examen préliminaire pour évaluer si les critères fixés à l’article 53.1 du Statut de Rome aux fins de l’ouverture d’une enquête sont remplis", a indiqué Mme Fatou Bensouda dans un communiqué.

Selon ce communiqué, le Mali, qui s’est dit être "dans l’impossibilité de poursuivre ou de juger les auteurs des crimes", a "produit des pièces à l’appui de sa demande". Dans un rapport d’une vingtaine de pages et d’annexes, des ONG et des agences de l’ONU ont dénoncé des viols, meurtres, enrôlements d’enfants soldats et destructions de sites religieux commis par différents groupes armés, islamistes et rebelles touaregs.

Selon ses propos rapportés par l’AFP, Emeric Rogier, analyste principal au bureau de la procureure, ce rapport sera étudié, "utilisé", "croisé" avec d’autres documents pour "chercher à établir si des crimes relevant de la compétence de la Cour ont été commis", a-t-il expliqué : "Il y a des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité" a-t-il déclaré. Mme Bensouda a indiqué qu’elle prendrait une décision "à brève échéance" sur l’ouverture d’une enquête. En visite à Dakar le 1er juillet dernier, alors que les islamistes d’Ansar Eddine avaient commencé à détruire des mausolées de saints musulmans à Tombouctou, la procureure de la CPI Fatou Bensouda avait estimé que ces destructions pouvaient être assimilées à "un crime de guerre".

Premier tribunal pénal international permanent chargé de poursuivre les auteurs présumés de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, la CPI n’intervient que si la justice nationale ne peut pas ou ne veut pas engager de poursuites contre les auteurs présumés de ces crimes. L’implication des "émirs" algériens d’Al Qaïda au Maghreb islamique dans ce "crime de guerre" s’il s’avérait juridiquement pertinent est ainsi sous l’œil du CPI. Le groupe terroriste "Ansar Eddine", dirigée par des « émirs » algériens de l’ex-GSPC condamnés à mort par contumace par la justice algérienne, a détruit les sites religieux de Tombouctou classés au patrimoine mondial par l’Unesco. A quel niveau de responsabilité serait alors impliqué l’homme de confiance de Bouteflika, Iyad ag Ghali…

R.N

- Lire sur le site du Matin-Dz

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