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Ibrahim Manzo Diallo : « Ançar Dine et le Mujao sont les seuls maîtres au Nord-Mali » Interview du fondateur et directeur de publication de Aïr Info, premier journal du Nord-Niger

Afrik.com, le 17 juillet 2012.

mardi 17 juillet 2012, par Tilelli

Ibrahim Manzo Diallo, fondateur et directeur de publication du bimensuel Aïr Info ("Les infos du Nord-Niger", ndlr), s’inquiète de la situation dans l’axe sahélo-saharien car son pays, le Niger, se trouve à la frontière avec le Mali. Interview.

Afrik.com : L’Afrique est en proie à divers affrontements, notamment au Congo-Kinshasa ou au Mali, quels sont les sujets traités, en ce moment, par Aîr info ?
Ibrahim Manzo Diallo :
Nos journalistes couvrent la pollution environnementale, les trafics de drogue ainsi que de la présence militaire étrangère en Afrique. Au pays, le Niger, nos journalistes sont considérés comme des opposants parce qu’on dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Cette liberté de ton m’a valu quatre mois de prison. Notre journal a été le seul à parler de la rébellion au Nord-Niger, ce qui a fortement déplu au pouvoir en place. J’ai ainsi été emprisonné d’octobre 2007 à février 2008. Plusieurs organisations humanitaires m’ont soutenu telles que Amnesty International, ou Reporters sans frontières (RSF). Même la Cour de protection des journalistes (CPJ) m’a appuyé. D’ailleurs, Robert Ménard, fondateur et ex-secrétaire général de RSF, avait fait le déplacement jusqu’à Niamey pour me rendre visite.

Afrik.com : Votre liberté de ton s’exerce aussi lorsqu’il s’agit de parler du Mali et de la bataille qui oppose les autorités maliennes et les islamistes dans le Nord du pays ?
Ibrahim Manzo Diallo :
Oui. Tout le monde, au Niger, est préoccupé par la situation au Nord-Mali. Seulement 200 kilomètres de frontière séparent le Nord-Mali de Niamey, la capitale du Niger. A cela, s’ajoute la question de la Libye qui est en proie à une guerre civile qui favorise la libre circulation des armes. Par ailleurs, les islamistes d’Ançar Dine (groupe composé de Touaregs qui revendique l’application de la charia) et ceux du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) contrôlent les villes de Gao et Tombouctou. Sans parler du Tchad qui est frappé par des problèmes de répartition de la manne pétrolière. Bien sûr, nos journalistes relayent tous ces marasmes qui foudroient l’Afrique.

Afrik.com : En tant qu’expert de l’actualité africaine, quelle serait, selon vous, la solution à privilégier pour résoudre la situation au Nord-Mali ?
Ibrahim Manzo Diallo :
Je ne sais pas pourquoi les choses n’avancent pas. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’ONU travaillent à l’adoption d’une résolution autorisant une intervention militaire, pendant ce temps, les islamistes gagnent du terrain. Donc, la seule force qui peut intervenir immédiatement c’est le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). L’armée malienne aurait dû intervenir rapidement mais c’est trop tard maintenant. La Cedeao voulait envoyer 3 000 militaires, le Mali a refusé. Qu’est-ce qu’ils peuvent faire contre cette nébuleuse ? Ils ne connaissent pas du tout les stratégies de combats dans le désert. Désormais, Ançar Dine et le Mujao sont les seuls maîtres au Nord-Mali. Si les négociations échouent, l’armée malienne doit intervenir pour reconquérir ces territoires.

Afrik.com :Quelle est la position du Niger, pour ou contre la guerre ?
Ibrahim Manzo Diallo : Le président du Niger soutient l’hypothèse d’une intervention militaire. Il se trouve en ce moment même en Chine pour participer au forum sino-africain. En marge de cette visite officielle, les observateurs pensent qu’il négociera un contrat de vente d’armes. Il y a un mois et demi, il a fait voter au Parlement 42 milliards de FCFA (60 millions d’euros) de budget spécial pour l’armée. L’opinion publique s’est élevée contre cette décision, fustigeant de telles dépenses pour un pays qui connait la famine.

Afrik.com : Comment les Maliens, du Nord-Mali, réagissent-ils à cette occupation ?
Ibrahim Manzo Diallo : La population est malgré elle acquise à la cause des islamistes. Des enfants de onze à treize ans sont formatés et formés au combat. Les islamistes font du clientélisme, ils se sont lancés dans une opération de séduction, offrant du carburant, du sucre ou encore de l’argent aux habitants. Ils interviennent également dans les mosquées pour acquérir les populations à leur cause.

- Lire sur le site d’Afrik.com

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