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Crise au Mali : Cacophonie diplomatique ?

L’Observateur, le 12 juin 2012

mercredi 13 juin 2012, par Tilelli

International - Est-il trop tard pour une sortie de crise négociée de la crise malienne ? En tout cas, on est tenté de le croire. La preuve, c’est que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) semblent ne plus être dans l’optique de la résolution de la situation du nord du pays par la voie de la médiation. En témoigne l’onction qu’elle recherche auprès de l’ONU pour « obtenir son "appui" à une intervention militaire pour aider l’Etat malien à restaurer son autorité dans le Nord ».

Pas plus tard que le 7 juin 2012 à Abidjan lors du sommet de l’UEMOA, cette position a été une fois de plus renouvelée. Mieux, selon les conclusions des travaux, l’UA va demander au Conseil de Sécurité d’autoriser cette intervention africaine. Cela démontre clairement que le temps des interminables tables rondes de recherche de la paix est révolu.

Pourtant, le médiateur choisi par la CEDEAO, le président burkinabè, Blaise Compaoré, est sur le point d’engager des discussions avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’une des branches armées de la rébellion, qui contrôle l’autre partie du territoire malien : en effet, le 9 juin dernier, il a reçu à son palais à Ouagadougou une délégation du mouvement.

Ladite audience est d’abord jugée unilatérale par les autorités de Bamako, qui estiment qu’elle fait entorse au protocole et cacherait beaucoup de choses, de même qu’elle donnerait un peu plus de crédit à ce Mouvement rebelle sur l’échiquier international. Le plus étrange dans cette affaire, c’est même la volonté inavouée et soudaine du MNLA d’aller à la négociation.

Pendant longtemps, il avait refusé toute idée de s’asseoir sur la même table que les autorités de Bamako. En plus, ce mouvement, qui a échoué dans sa tentative de fusionnement avec les islamistes d’Ançar Dine, semble isolé. Et moins armé que les deux autres (Aqmi et Ançar Dine) à l’heure actuelle, il n’a d’autre choix que de négocier.

Ce faisant, en acceptant de recevoir les sécessionnistes de l’Azawad, le médiateur n’est-il pas hors jeu ? Surtout que ces pairs de la CEDEAO n’ont plus la même vision que lui. Du coup, cela entache toute les démarches diplomatiques de Ouagadougou, menées jusque-là.

Dans un premier temps, Blaise Compaoré était le seul à trouver le capitaine Sanogo incontournable dans la sortie de crise pendant que ses homologues militaient pour la dissolution du CNRDRE ;

ensuite, il y a que dans les accords pour que la junte militaire retourne dans les casernes, l’homme fort du camp commando de Kati devait bénéficier du statut d’ancien chef d’Etat, et ce cadeau a été refusé par l’Union africaine, laquelle est plus que jamais le dépositaire du dossier malien. En témoignent les différentes sorties médiatiques de son président en exercice, le Béninois Yayi Bony, pour renouveler l’option militaire.

Plus besoin donc de traîener, il faut aller aux choses sérieuses (in L’Evénement n° 235 du 10 juin 2012). Si effectivement l’on aboutissait à cette donne, autant dire que ce serait « game over » pour Blaise.

Par Kader Traoré

L’Observateur Paalga/12/06/2012

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