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Les rebelles touaregs contrôlent le nord du Mali

Le Figaro, le 1er avril 2012

lundi 2 avril 2012, par Tilelli

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes liés à al-Qaida coupent le pays en deux.

La rébellion touareg au Mali enchaîne les victoires. En trois jours, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) s’est rendu maître de toutes les grandes villes du nord du pays. Cette avancée fulgurante met les putschistes au pouvoir à Bamako depuis deux semaines dans une position intenable, les poussant à des concessions pour tenter d’éviter un désastre plus grand encore.

Le MNLA pousse son avantage. Après Kidal, les rebelles sont entrés samedi dans Gao. Dimanche leurs troupes cernaient Tombouctou, la capitale du nord du Mali désertée par l’armée régulière, dont la chute était inéluctable. « Les soldats ont fui samedi devant les rebelles. Il n’y avait plus que quelques milices arabes pour défendre la ville mais elles se sont ralliées dimanche après quelques combats. Tombouctou est une ville ouverte », a affirmé dimanche un habitant de la ville. Les habitants de la cité, furieux, se ruaient dimanche à l’aube dans les rues pour piller les magasins et la caserne grande ouverte. « Les bâtiments du camp sont en flamme et c’est l’anarchie dans la ville », souligne un autre habitant. Les rebelles auraient commencé à effectuer des patrouilles dans la ville en fin de matinée. « J’ai vu une vingtaine de pick-up où flottait le drapeau du MNLA prendre le contrôle de l’est de la ville », explique-t-il. Les Touaregs seraient appuyés par Ansar Dine, une milice salafiste dirigée par Iyad ag Ghaly et par les hommes d’Unicité Djihad en Afrique de l’Ouest, une milice liée à al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

Ces deux groupes avaient été aussi signalés lors de la prise de Gao. Dimanche, cette grosse ville commerçante était entièrement aux mains du MNLA. Comme à Tombouctou, des pillages étaient signalés. « Les populations volent des bâtiments publics mais c’est tout. Nous sommes chez nous », affirmait au téléphone, Sidi ag Weto, un responsable de la rébellion. Cet officier indiquait que le MNLA envisageait maintenant de poursuivre leur offensive éclair. Il ne devrait pas rencontrer beaucoup de résistance. Selon une source fiable, les militaires se sont repliés de toutes les villes au sud de Gao et de Tombouctou pour se grouper en désordre à Mopti. Mal armés, démotivés, les militaires maliens ne semblent plus à même de la moindre manœuvre. La défection samedi soir de Alhadji ag Gamou, qui a annoncé avoir rejoint le MNLA avec 500 de ses hommes, n’est que le signe le plus évident de cette déliquescence. Ce colonel-major d’origine touareg, ancien chef d’état-major du président renversé Amadou Toumani Touré, avait la charge du front de Kidal. Menaces de blocus

Le MNLA revendique l’indépendance de l’Azawad, une vaste zone qui englobe notamment tout le nord du Mali. Il a presque atteint ses objectifs militaires et place sous pression Bamako.

Face à ces revers le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), la junte cherche à rompre son isolement en faisant quelques concessions. Dimanche, le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef d’État autoproclamé a ainsi annoncé, « compte tenu de la situation de crise » le rétablissement immédiat de la Constitution et des institutions du pays, suspendues depuis le coup d’État. Ce retour à l’ordre constitutionnel était exigé par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’organisme régional, comme un préalable à toute négociation avec le Mali. Rien ne dit cependant que ce premier pas sera jugé suffisant pour lever les menaces de blocus diplomatique et financier brandies par la Cédéao et plus encore pour apporter l’aide militaire réclamée à plusieurs reprises ces derniers jours par le CNRDRE. Car, dans les faits, le capitaine Sanogo est resté très flou. Il n’a pas évoqué son départ du pouvoir préférant ordonner l’établissement d’une « convention nationale ». Cette convention serait chargée de mettre en place une transition et d’organiser des élections. Dimanche après midi, la Cédéao n’avait pas réagi à ces propositions.

Ag Majim, un chef militaire venu de Libye

« Demain, nous serons les maîtres de l’Azawad, si Dieu le veut. » Mohammed ag Majim, chef d’état-major du MNLA, joint par téléphone près de Tombouctou ne doute plus de sa victoire. « Nous sommes à Tombouctou et nous irons plus au sud » précise-t-il. Selon lui, ces hommes ne rencontreraient plus aucune résistance de l’armée malienne. « Nous avons beaucoup d’armes ». Ces succès, les Touaregs du MNLA les doivent beaucoup à cet homme. Ancien colonel de l’armée libyenne, il est revenu au Mali en juillet dernier peu avant de la chute du Guide emportant avec lui ses hommes et son matériel. Cet afflux d’armes et de soldats entraînés a radicalement changé le rapport de force dans le nord du Mali en faveur de la rébellion.

Tanguy Berthemet

- Lire sur le site du Figaro

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