Tamazgha
Accueil du site > Lu dans la presse > La situation au Sahel empire

La situation au Sahel empire

L’Expression, le 24 mars 2012

samedi 24 mars 2012, par Tilelli

C’était dans l’air. Le groupe de militaires qui est à l’origine de ce qui apparaît comme un coup d’Etat au Mali a embrouillé encore plus une situation qui était déjà complexe. Depuis jeudi dernier, personne ne sait où se trouve exactement le président malien Amadou Toumani Touré. Un groupe de militaires, des sous-officiers, a annoncé à la télévision avoir pris le contrôle du pays. Il décrète le couvre-feu et ferme les frontières. Plus au Nord, des groupes armés se partagent des portions du territoire. Au mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) est venu s’ajouter le groupe Ansar Eddine composé de Touareg venus de Libye. Il faut y ajouter les éléments d’Aqmi et les trafiquants en tous genres. Ce qui met la région dans un désordre inextricable. L’armement qui y circule provient essentiellement des arsenaux libyens dévastés lors du conflit qui a vu la fin du régime de Mouamar El Gueddafi. Un armement plus important et plus moderne que celui de l’armée régulière malienne. Des pays du Sahel, le Mali est donc la première victime de l’aggravation de la situation dans la région suite aux troubles en Libye. Amadou Toumani Touré avait exprimé ses inquiétudes en novembre dernier dans un entretien accordé à l’hebdomadaire français l’Express qu’il a confirmé un peu plus tard au quotidien le Figaro. Celui que ses adversaires accusent de « mou » et de ne pas prendre de décisions, devait quitter ses fonctions en mai prochain à l’issue de l’élection présidentielle prévue à cette date et pour laquelle il ne devait pas se représenter. D’ailleurs, l’une des questions principales qui se pose est cet empressement des putschistes à agir à quelques semaines seulement de cette échéance. En suspendant la Constitution, ils annulent dans le même temps le processus électoral. La condamnation de cette prise de pouvoir par la force est unanime. De l’Union Africaine à l’ONU, des pays du champ dont l’Algérie, les Etats-Unis, l’Union Européenne, tous condamnent fermement ce recours à la force et exigent le retour à l’ordre constitutionnel. Bamako ne « répond » plus. C’est le silence total. Les militaires qui ont déclaré avoir pris le pouvoir donnent l’impression d’agir dans l’improvisation. Des informations font état de scènes de pillages dans la capitale malienne. L’Union européenne et la Banque mondiale ainsi que la Banque africaine ont annoncé la suspension de leurs aides. A l’heure où nous écrivons ces lignes, c’est le flou le plus total sur la situation qui prévaut au Mali. A part les condamnations d’usage, la communauté internationale semble être dans l’expectative et pas du tout pressée de réagir avec fermeté. L’Union Africaine, qui est, elle aussi, dans une situation structurellement difficile avant le règlement de l’élection de son président, a, malgré tout, décidé d’une réunion d’urgence hier. La Cédéao (organisation sous-régionale d’Afrique de l’Ouest) prévoit de se réunir également mardi prochain. Pendant ce temps-là la rébellion touarègue, Azawad et Ansar Eddine veulent en profiter pour étendre le plus possible leur contrôle dans le Nord-Mali. C’est-à-dire à nos frontières. Les groupes d’Aqmi bien qu’en nombre plus réduit, ne devraient pas être en reste. Dans cette position d’attente internationale, beaucoup d’observateurs se demandent pourquoi la France, qui compte quelque 3000 de ses ressortissants au Mali et qui a des forces militaires présentes non loin de là, en Côte d’Ivoire, se montre moins belliqueuse cette fois ? Les putschistes semblent avoir pris de court tout le monde. Par leur rang dans la hiérarchie militaire et par la proximité de l’élection présidentielle qui rendait improbable leur action. Une seule certitude dans toutes ces interrogations : la situation au Sahel est de plus en plus explosive.

Zouhir MEBARKI

- Lire sur le site de l’Expression

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0