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Mali, la guerre oubliée- second épisode

Mediapart, le 8 mars 2012

jeudi 8 mars 2012, par Tilelli

Le Mali,une histoire prestigieuse, une culture traditionnelle puisssante, mais un pays partagé entre une partie Nord , Est et Nord-Est – la plus importante, 75% du territoire, 10% de la population- désertique ou semi désertique et un sud agricole où coule le Niger, partant entre une population nomade et semi-nomade, d’éleveurs songhaï et peulhs dont la figure emblématique est le Touareg – qui a sa langue, le Tamaschek- et le sud principalement agricole, planteur de coton, peuplé de malinkés et de sénoufos dont le figure emblématique est le Bambara – qui est aussi la langue vernaculaire.

Deux pays donc. Clairement opposés dans leur culture, leur histoire, leurs traditions, leurs langues et activités principales qui n’ont qu’une administration, centralisée à Bamako, au Sud ,et un espace grand comme plus de deux fois la France.

Classé parmi les pays les plus pauvres du monde -173ème sur 177 à l’IDH- Indice de Développement Humain-, le Mali a le taux de fécondité le plus élevé d’Afrique – plus de 6 naissances par femme-15 millions d’habitants dont plus de la moitié de moins de 15 ans, l’age moyen stagnant à 50 ans.

C’est aussi un pays enclavé qui a 7 pays frontaliers dont l’Algérie.

Politiquement c ’est un pays plutôt stable ; Traoré , en renversant Modibo Keita en 68 instaure une dictature qui durera jusqu’à ce qu’il soit renversé, en 91,( 23 ans) par Amadou Toumani Traoré (ATT) général qui rend le pouvoir au civil pour bientôt ,ayant démissionné, se représenter aux suffrages en 2002 et en 2007 réelu ( donc 10ans de pouvoir) l"intérim ayant été assuré en 92 et 97 par Konare

Le pays serait un de ces pays sans avenir et sans histoire vivotant du coton et de l’aide internationale mais surtout des mandats des migrants, nombreux en France, cultivant avec faste sa différence, ayant la musique la plus respectée du Continent, les civilisations les plus anciennes et admirables , les dogons, la sculpture la plus harmonieuse et saississante, les sénoufos, et un écrivain phare, Hampate Ba.

Mais le Sah’ra – ces 75% du territoire-est devenu depuis guère plus d’une décennie non seulement la terre de l’uranium et d’Areva mais aussi l’espace des grands trafics d ’armes, de drogues et d’êtres humains et partant le lieu d’implantation de sectes salafistes repoussées d’Algérie en particulier l’AQMI- Al Quaeda Maghreb Islamique- qui entendent en profiter pour se refaire une santé politique, prêcher la bonne parole à cette population en deshérence mal comprise et surtout mal soutenue par le pouvoir central si lointain et si différent, et développer une stratégie de rançons en enlevant tous ceux qui s ’aventurent ou travaillent dans cet espace dont elle se sent maitresse.

Avec un succés non négligeable et non discutable. Les six otages français sont encore entre leurs mains et les efforts locaux pour les circonvenir se sont jusqu’ici soldés par des échecs alors que les millions d euros payés par les gouvernements européens s’en viennent grossir leur capacité de nuire d’autant plus importante que la défaite de Khadafi a mis sur le marché des armes lourdes, abondantes et bon marché et une main d’oeuvre guerrière issue des rangs de l’armée régulière lybienne qui revient au pays avec l’intention de ne plus se faire considérer comme citoyen de seconde zone. D’où le renouveau depuis plus d ’un an du mouvement touareg rebaptisé MNLA – Mouvement de Libération de l’Azawad qui entend lui aussi jouer dans la cour des grands. Et vient de le démontrer en infligeant, en Janvier et Février, à l’armée malienne plusieurs défaites cinglantes qui se sont soldées par plusieurs centaines de morts ,l’arrivée aux frontières du Nord de milliers de personnes fuyant les combats, et au Sud, à Bamako, des journées d ’émeutes à l’encontre des populations arabes et touaregs..( d’où l’accusation de part et d ’autres de conflits" ethniques")

ATT appelle à l’aide.Son armée déjà engagée au Nord contre l’AQMI avec l’aide et la détermination mauritaniennes ne peut faire face à un nouveau front . Il accuse le MNLA de s’être allié avec les djihadistes et demande l’aide de Paris. Qui tergiverse.

Effectivement rien de prouve la collision entre AQMI et MNLA. Au contraire d’aprés les déclarations de Ag Cherif ,son secrétaire général, l’armée malienne est incapable de contenir les menées de l’AQMI qui opérant sur le territoire touareg est devenu un ennemi pour le MNLA qui espère bien récupérer quelques jeunes qui se seraient laissé tenter par l’aventure djihadiste.D’autant ajoute-til que certains responsables militaires, gradés maliens, jouent un double jeu et ferment les yeux, contre espèce sonnante, sur les déplacements et les approvisionnements de l’AQMI. Juppé , en visite éclair à Bamako, demande à ATT de négocier avec les rebelles d’autant que les rangs touaregs sont traversés de clans dont certains peuvent pencher du coté des islamistes – comme l’Ansar Eddin -

Bref le Sah’ra est devenu une poudrière sur fond d’uranium où il est bien difficile de soutenir un Mouvement de Libération qui entend redéfinir les intangibles frontières héritées de la colonisation pour créer un Etat dont la chance d ’exister est on ne peut plus mince, sans pour autant ne pas prendre en considération sa spécificité et reconnaître que le sud malinké-bambara ne fait et n’a jamais fait grand chose pour lui sinon le mépriser. Le tout non seulement sur fond d’uranium mais aussi sur le gonflement des capacités de nuire de Al Quaïda, renforcement qui fait apparaitre la nécessités pour les armées régulières mauritaniennes, nigériennes, maliennes qui partagent ces espaces désertiques, de se rapprocher des touaregs qu’elles combattent..

akadoundiaye

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