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Des rebelles de Benghazi s’estiment lésés par le CNT

Le Figaro, le 9 septembre 2011

lundi 12 septembre 2011, par Tilelli

REPORTAGE - Quelques centaines de sympathisants de l’opposition ont manifesté vendredi à Benghazi pour réclamer voix au chapitre et refuser une « certaine vision politique », celle des islamistes.

L’opposition libyenne se réveille à l’est. Vendredi après-midi, quelques centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Benghazi, encadrés par une dizaine de voitures de police. L’atmosphère était bon enfant, certains policiers scandant eux-mêmes les slogans dans les haut-parleurs de leur véhicule. Mais le propos était sérieux : dire onze fois « non » au Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la révolution.

Les banderoles reprenaient les onze articles d’un manifeste rédigé par 56 organisations, embryons de partis politiques ou ONG. Elles accusent le CNT, formé au début de la révolte dans une certaine opacité, de les exclure du débat et de ne pas représenter suffisamment le peuple libyen. « Non au népotisme, non aux opportunistes, non à l’attribution de responsabilités à des figures du régime de Kadhafi », écrivent-ils. Leur principal refus concerne le projet de constitution, qui prévoit deux élections, la première dans huit mois et la deuxième dans 21 mois à dater de la déclaration finale de libération, qui devrait intervenir à la capture ou à la mort de Kadhafi. « Trop compliqué », dit Nasser Ahdash, l’un des organisateurs, président du « Forum national ». Comme les autres signataires, il propose la nomination d’un CNT élargi, qui inclurait les nouveaux partis politiques comme le sien. Benghazi réclame son dû

Cette assemblée nommerait un comité chargé de rédiger une nouvelle constitution, qui serait soumise à référendum. Les partis qui défilaient à Benghazi reprochent entre autres au projet de texte actuel un langage reflétant, à leurs yeux, l’idéologie islamiste de nombreux membres de l’actuelle direction. « L’article 1 dit que la Libye est un pays islamique, sans ajouter arabe ni africain, c’est typique de leur pensée », accuse Nasser Ahdash. Les partis disent aussi « non » à l’exclusion des femmes, à la mainmise sur les médias, d’après eux, par une « certaine vision politique » sous-entendu, là encore, celle des islamistes.

Leur manifeste, assure les organisateurs, rassemble toute la Libye. Ils admettent toutefois que la plupart des partis qui l’ont signé appartiennent à l’est du pays. Et leur texte traduit la colère de Benghazi. Le berceau de la libération réclame son dû : « Non à la centralisation, à la concentration de tous les ministères dans une seule ville, et à la marginalisation de la ville qui a combattu pour cette révolution ». L’un des slogans les plus populaires de la manifestation clamait : « Le premier martyr était de Benghazi ! » Le leader du Forum national met les points sur les i : « Nous voulons que la constitution déclare Benghazi capitale économique de la Libye, et que l’on y installe des ministères clés. Sinon, nous ferons entendre notre voix. N’oubliez pas que nous possédons la majorité des réserves de pétrole. »

D’autres villes combattantes, comme Misrata, s’estiment elles aussi sous-représentées. Alors que la guerre n’est pas encore terminée, la lutte pour le pouvoir et l’influence ne fait que commencer. À Benghazi, les manifestants promettent de revenir vendredi prochain.

Pier re PRIER

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