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La mort d’Ag Bahanga entretient les inquiétudes concernant la sécurité au Sahel

Magharebia à Nouakchott – 04/09/11

lundi 5 septembre 2011, par Tilelli

La mort du leader rebelle touareg le plus radical au Mali soulève des questions essentielles concernant l’avenir de la paix et de la sécurité au Sahel.

Le leader rebelle touareg Ibrahim Ag Bahanga est mort, la semaine dernière, dans des circonstances suspectes dans le nord-est du Mali.

Selon le mouvement auquel appartenait Ag Bahanga, dans le nord du Mali, le chef rebelle est décédé le 26 août lors d’un "accident de voiture", à quelques kilomètres de la base militaire de Tinassalak.

"Il a été enterré le 27 août, et les causes réelles de sa mort seront révélées au cours des prochaines semaines", affirme le communiqué émis par le groupe.

"Tous les touaregs sont affligés par le départ de cet homme, qui laissera un vide dans la région", fait savoir le mouvement rebelle. "Mais nous soutenons que ses efforts et son combat ne cesseront pas avec sa mort, et que ses compagnons continueront, dans ces temps difficiles, leur lutte en faveur d’un avenir meilleur pour les touaregs, par la consolidation de la justice sociale et politique dans la région".

Ag Bahanga ne s’était jamais pleinement joint à l’Accord d’Alger 2006 passé entre le Gouvernement malien et les rebelles touaregs. En 2009, il avait brièvement fui vers la Libye après des actes de répression sévères menés sur son groupe par l’armée malienne. On le soupçonnait d’entretenir des contacts significatifs avec l’armée libyenne.

Certains suggèrent que sa mort pourrait être liée au trafic d’armement venant de Libye.

"Quand Bahanga est revenu de Libye, il a rapporté avec lui un grand nombre d’armes lourdes et légères libyennes qui auraient pu faire de lui le leader incontestable de la région", déclare l’analyste Hassan Tifi. "Certains opposants ont donc pu vouloir le cibler pour l’éliminer aussi vite que possible, avant qu’il ne soit véritablement arrivé à son but".

"Est-ce qu’il est mort en résultat d’un accident ou en résultat de son élimination pratiquée par certains de ses opposants touaregs, qui étaient sur le front libyen et qui le rejettaient en tant que dirigeant ?" se demande Abdel Hamid Elansari, de la ville de Tombouctou.

Les questions sont nombreuses concernant les circonstances exactes de son décès, mais les vraies inquiétudes se concentrent maintenant sur l’état de la sécurité dans la région du Sahel-Sahara.

"Pour certains, la mort de Bahanga représente une chance de paix dans la région du Sahel en général et dans le nord du Mali en particulier, parce qu’il était un rebelle radical qui tentait toujours d’agir en dehors du cadre du processus de paix", dit Ahmed Ould Atefal, expert en groupes terroristes.

"Mais les efforts aujourd’hui doivent se focaliser sur le fait d’éviter que les armes ne filtrent entre les mains de certains de ses associés parmi les combattants, qui les vendront en échange de fonds à Al Qaida au Maghreb Islamique", ajoute-t-il.

La mort d’Ag Bahanga est une "arme à double tranchant", avertit l’analyste Elmokhtar Essalem.

"C’est une chance de paix pour le Gouvernement malien, qui s’est embarqué dans des projets de développement en direction des populations du nord après l’établissement de la sécurité qui a résulté du départ de Bahanga pour la Libye, en février 2009," explique-t-il. "D’un autre côté, il y a l’inquiétude, la crainte que les armes qu’il a laissé derrière lui ne soient divulguées à Al Qaida, tapie dans l’ombre dans l’attente des armées malienne et mauritanienne dans la région".

Le diplomate mauritanien et ancien envoyé des Nations-Unies en Somalie, Ahmadou Ould Abdullah, minimise toutefois ces angoisses, disant que "la plus grande menace pour le Sahel n’est pas l’extrémisme islamiste mais la présence de gouvernements corrompus, qui continuent à assurer le tribalisme et à rejeter la transparence dans la gouvernance".

"La chute du régime de Kadhafi en Libye va avoir pour conséquence de purifier les économies dans le Sahel, qui dépendaient des trafics illégaux avec le soutien de Kadhafi", affirme-t-il.

Jemal Oumar

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